Interview de M. Porret



St-Aubin-Sauges (NE)


LA BÉROCHE, TERRE DE VIGNES ET DE SAVOUREUSES LÉGENDES


    Bonjour M. Porret, pouvez-vous nous dire votre situation familiale, votre âge et fonction ?
Je suis marié, j'ai 60 ans, 2 filles, grand-père 5 fois et gérant des Caves de la Béroche depuis 1988.

Votre trajectoire professionnelle ?
Cela a commencé par un apprentissage aux chemins de fer fédéraux, j'ai travaillé pendant 27 ans aux CFF. Une de mes activités annexes était de cultiver la vigne et j'ai été appelé pour faire partie du comité de cette cave coopérative et c'est ainsi que je me suis approché de la Cave, un concours de circonstance à voulu qu'en même temps que les CFF fermaient toutes les petites stations, il y avait une opportunité d'occuper et de créer une place de gérant, car elle n'existait pas à l'époque vue la complexité toujours plus grande d'un commerce, cette place s'est ouverte et je l'occupe depuis 1988.

Combien de personnes travaillent pour vous ?
Nous sommes 7 personnes.

La Béroche est une région qui regroupe plusieurs villages, lesquels ?
Le chef-lieu est la commune de St.-Aubin de Sauges, ensuite la commune de Gorgier Chez-le-Bart, Vaumarcus et 2 villages dans la haute Béroche qui sont Fresens et Montalchez.

Combien d'hectares de vignes possédez-vous ?
Le territoire des vignes qui sont livrées dans cette cave est de 52 hectares actuellement.

Sur combien d'hectares s'étend le domaine viticole et à combien de propriétaires appartient-il ?
80 hectares et 50 propriétaires qui apportent leurs vins à la Cave.

Pourquoi cette région s'appelle t'elle Riviera neuchâteloise ?
Le nom provient de l'hôtel Pattus et sa publicité à l'époque en bord de route était "Visitez la Béroche, la Riviera neuchâteloise" et il est vrai que nous sommes la partie la plus au sud du canton de Neuchâtel.

En quelle année est née l'association des viticulteurs de la Béroche ?
En 1935.

Vous êtes situé dans une imposante ferme ancienne au cœur de St.-Aubin. Comment recevez-vous les visiteurs de vos caves ?
Nous axons notre marketing sur la vente directe, nous vendons également à des grossistes et des restaurants. Nous faisons chaque année un certain nombre d'activités où on avise toute notre clientèle par mailing. Nous organisons des caves ouvertes au printemps, nous organisons une manifestation à la braderie à fin août, nous allons faire un marché du terroir avec des commerçants qui vendent des produits du terroir au mois de décembre et nous faisons des promotions pour le vin non-filtré.

D'où vient le nom " Domaine des Coccinelles ?"
Nous avons un président M. Maurice Lambert qui a converti sa culture en culture biologique en 1992 par philosophie. Il était très motivé par ce type de culture, par la suppression du désherbant, des pesticides et autres et on a démarrer en fait, avec des vins biologiques sans trop savoir quel serait l'impact, le répondant. C'était quelque chose de nouveau qui faisait même sourire quelques-uns uns de nos amis vignerons et encaveurs neuchâtelois et il fallait bien trouver un nom pour ce vin là et nous avons décidé de mettre un nom fantaisiste pour ce vin et après réflexions avec le caviste et M. Lambert sur le Domaine des coccinelles puisque dans une culture biologique il y a pas mal de coccinelles qui se développent. On trouvait sympathique le mot coccinelle puisque c'est la bête à Bon Dieu et qu'elle est sympathique, visuellement c'est un point rouge sur l'étiquette et cela souligne le côté biologique de la culture.

Combien de personnes sont engagées pour les vendanges ?
11 personnes. Nous ne faisons que la réception du raisin et la vinification. La vendange incombe à nos coopérateurs, nos sociétaires.

Combien de temps durent celles-ci ?
Sur 3 semaines

Cette année 2003 est-elle une bonne année pour le vin ?
M. Landry, oenologue :
Nous avons eu des vendanges précoces. Nous avons un millésime qui est sain, nous avons une belle qualité. Cela a demandé beaucoup de travail au niveau de la cave, d'attention car nous avons encavé des vendanges chaudes. Une année normale se déroule de fin septembre au début octobre. Cette année nous avons vendangé début septembre, nous avons eu des degrés de températures très hautes au niveau de la qualité du raisin. Nous avons dû prendre beaucoup de précautions, cela a demandé beaucoup plus d'attention qu'une année dite normale et cela a été un soucis supplémentaire. Dans notre région nous n'avons pas connu ce type de vendange, nous avons avec le raisin une relation particulière où nous avons dû prendre des directives, des responsabilités vraiment au moment voulu, les lignes que l'on devait suivre par rapport à la vinification.    

Depuis quelle année produisez-vous des vins biologiques ?
M. Porret :

Le premier millésime était en 1992.

Quelle est la différence entre ceux-ci par rapport à des vins classiques ?
M. Landry :

La personne qui va partir dans une culture biologique a souvent une approche philosophique et depuis là, il va développer tout un système et ne va pas masquer le caractère du raisin, il va utiliser que des produits naturels, il n'utilisera que ce que lui donne la nature.

Quels sont vos points de ventes, régions et pays où nous pouvons trouver vos vins ?
M. Porret :

Nous distribuons nos vins dans toute la Suisse romande. Nous trouvons les vins biologiques principalement chez Coop dont ils ont l'exclusivité. On peut aussi le trouver dans des petits magasins bio. Nos vins traditionnels se trouvent chez les grossistes et dans certains magasins, mais il est vrai que nous les trouvons beaucoup sur Neuchâtel. Nous n'avons pas d'exportation, nous essayons en ce moment un marché sur la Suède, c'est nouveau.

M. Landry, quel est le rôle d'un œnologue ?
Le but est de faire au mieux d'exprimer la sincérité et la qualité de la matière première. Nous sommes le catalyseur du raisin. Il faut savoir le goûter et en extraire les qualités pour en faire un bon vin. A travers les vins les gens cherchent une identité, donc ce n'est pas un produit d'uniforme. Un vin sera goûté différemment s'il est produit en Espagne, Italie, France ou Suisse. A la Béroche, nous avons ce goût unique de la Riviera neuchâteloise.

Vos vins rouges acquièrent leur maturité dans des fûts de chêne selon une méthode ancestrale. Pourquoi ?
Les fûts de chêne sont des grands foudres en bois qu'on trouvait déjà dans le 18ème et 19ème siècle à Neuchâtel et nous avons poursuivi cette tradition dans la vinification neuchâteloise. C'est une spécialité dans le respect ancestral que nous voulons garder.

Avec quelles sortes de raisins est fait le blanc que vous produisez ?
Le blanc traditionnel est toujours à base de chasselas. Donc le cépage actuel, majoritaire au niveau suisse en général, sur Neuchâtel il est quand même en équilibre avec le pinot noir. C'est un blanc générique qui se prête très bien pour un apéritif, mais nous avons aussi différents cépages, spécialités blanches comme le pinot gris, le riesling sylvaner, Gewurztraminer, le Chardonnay qui est élevé en barrique. Tous ces cépages ici à la Béroche nous les trouvons aussi bien en culture traditionnelle, donc en production intégrée pour la plupart ou en culture biologique.

Quelle différence entre un vin capsulé et un vin avec bouchon de liège ?
Il y a eu des problèmes de qualité du liège à une certaine époque. La plupart des producteurs de liège se trouvent sur 3 pays ( l'Espagne, le Portugal, la France et un peu sur la Sardaigne). Ces pays doivent fournir le volume total que demande la planète entière au niveau bouchon liège pour les vins. Avec les nouveaux produits producteurs comme l'Australie, l'Argentine, le Chili, on se trouve avec une forte demande. Il n'y a pas assez d'offre par rapport à la demande. On se trouve avec une baisse de qualité avec le liège et en Suisse nous avons un peu été les précurseurs, il y a 10 ans en arrière, et nous nous sommes dit : pour les vins jeunes, à boire dans l'année, voir 2 ans, pourquoi ne pas trouver un autre système de fermeture ? A partir de là, nous sommes partis sur la capsule à vis. Dans certains cantons cela marche très bien ( Vaud, Valais, Genève). Pour des vins de gamme, c'est important d'avoir des qualités de liège qui fait que le vin va un peu respirer à travers celui-ci.
Quels sont vos vins qui ont récemment remporté des médailles ?
Sélection des cinq communes 2002 :
Neuchâtel blanc, Chasselas : Médaille d'argent, EXPOVINA, Zürich 2003
Oeil de Perdrix 2002 :
Neuchâtel, Pinot noir : Médaille d'argent, VINEA, Sierre 2003
Savagnin rose bio bourgeon 2002 :
Domaine des Coccinelles : Médaille d'argent, EXPOVINA, Zürich 2003
Riesling X Sylvaner bio bourgeon 2002 :
Domaine des Coccinelles : Médaille d'argent, EXPOVINA, Zürich 2003
Et beaucoup d'autres encore !
Quelles particularités ont les vins non filtrés ?
Au niveau du non-filtré, l'objectif est d'avoir des arômes chimères, c'est-à-dire qu'à travers une fermentation alcoolique nous allons découvrir des goûts et des arômes de fraîcheur de qualité de vin sur sa jeunesse. Si je prends en parallèle un Beaujolais nouveau, vous allez rechercher un aspect fruité. Donc, au niveau d'un Chasselas primeur de Neuchâtel, on découvre un peu cet aspect de fraîcheur, d'agrumes, parfois des arômes exotiques. C'est un vin qu'il faut découvrir sur sa jeunesse, pendant quelques mois, quand il est encore espiègle comme un enfant et après quelques années, le redécouvrir parce qu'il a évolué et je trouve intéressant de remettre en valeur le non-filtré à travers 2 écoles : 1 école sur sa jeunesse, à découvrir sur le fruit et après avec un certain âge où les lies, cette épais qui reste au fond de la bouteille a donné encore quelque chose au niveau gustatif, mais cela donnera plus sur l'aspect épicé que sur l'aspect fruité. Boire le non-filtré de janvier à avril-mai pour son goût fruité en apéritif. Vous pouvez le garder 1an ou 2 pour obtenir son goût épicé et le consommer avec un bon poisson noble du lac, ne mettez pas les lies en suspension, les lies doivent rester au fond de la bouteille, ce vin se prêtera très bien pour la gastronomie.

Pouvez-nous nous citer quelques vins de vos caves qui font votre succès ?
Au niveau qualitatif de la cave, je crois que l'Oeil de Perdrix est une référence sur les Caves de la Béroche. C'est un produit d'une grande sincérité. Nous essayons de faire dans la tradition neuchâteloise, avec une courte macération, avec un respect sec, non avec lourdeur, ni richesse qui peut donner ce côté écoeurant au vin. Il se prête très bien en apéritif, avec un met et le boire pendant tout un repas.

Quel est le prix maximum pour une bonne bouteille achetée directement aux Caves de la Béroche ?
M. Porret :

18 francs. Nous restons dans un créneau qualité-prix tout à fait crédible en vente direct.

Quelles sont les heures d'ouverture de vos caves ?
Lundi au vendredi de 08h00 à 12h00 et 13h30 à 18h00 et chaque samedi de 09h00 à 12h00

Faut-il réserver sa visite à l'avance ?
Les visites de caves se font sur rendez-vous.

Y a t-il un coût pour celle-ci ?
Les visites sont gratuites.

Comment se porte le marché du vin en Suisse ?
Au niveau des vins suisses, nous avions à l'époque une protection quasi absolue de nos plants puisque nous sommes producteurs de Chasselas en Suisse de manière massive. Cet accord s'est modifié suite aux accords bilatéraux. Nous avons eu 5 ans pour recycler et la libéralisation des importations de vins rouges est d'abord devenu un fait, elle a été suivi de la libéralisation du vin blanc et actuellement le marché est totalement libre. La production suisse couvre à peu près 40% de la consommation suisse. Nous avons 60% de vins importés. La question qui nous préoccupe toujours, c'est que même si en Suisse on comprime nos prix, si on rationalise nos cultures, si on arrache un peu de notre Chasselas, il est difficile de travailler à un prix concurrentiel avec tout ce qui se fait dans le monde, d'autant plus que beaucoup de vins que nous importons sont importés avec l'aide du pays exportateur. Notre porte de sortie est de faire des vins de qualité et de maintenir des prix crédibles et d'expliquer au peuple suisse que l'on fait du bon vin en Suisse. Il ne faut pas seulement goûter les vins du nouveau monde. Ces vins très lourds, barriqués, vanillés commencent de lasser. On a peut-être par notre recherche de sincérité une porte de sortie à long terme.

Votre souhait professionnel ?
Ce serait d'avoir encore plus de succès dans les ventes et encore de belles médailles sur nos vins, que la qualité de nos vins soit récompensés, reconnus et que l'entreprise monte en notoriété.

Votre souhait personnel ?
De garder une bonne harmonie dans notre équipe d'entreprise et qu'on puisse avec nos vignerons travailler la main dans la main.

Interview fait le 31 octobre 2003 par Brigitte Chatelard Storrer



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