Interview de M. Pierre-Alain Storrer de

Neuchâtel



CÔTE COLORE CHEZ COLORAL

Bonjour M. Pierre-Alain Storrer Quel est votre rôle chez COLORAL et depuis combien d'années ?
Je suis le propriétaire de la maison Coloral depuis le 30 juin 1981, date à laquelle j'ai acheté cette entreprise au fondateur.
Je suis le seul actionnaire et j'en assume avec mon fils la direction.

Votre âge et situation familiale ?
Je suis né en 1946, j'ai donc 57 ans, je suis séparé et j'ai 4 enfants, dont 1 fille et 3 fils.

Votre trajectoire professionnelle ?
A la fin de l'école secondaire, j'ai fait un apprentissage de laborant en métallurgie à Neuchâtel. Ensuite, je suis parti dans le canton de Vaud, à Champagne, dans une usine métallurgique que j'ai quittée après 2 ans pour aller à Portescap à la Chaux-de-Fonds dans une entreprise de l'horlogerie, où j'étais responsable des traitements de surface et des traitements thermiques. Dans cette entreprise dans laquelle j'ai travaillé 9 années, j'ai fait 3 ans de service militaire et 2 ans de formation à l'université de Neuchâtel, à l'institut de métallurgie structurale où j'y passais 2 jours par semaine. Il faut dire que c'est mon employeur qui m'a donné la plus grande formation et la plus grande liberté. En plus de cette formation, j'ai fait une formation en organisation du travail et en psychologie du travail. C'était 9 années intéressantes parce que j'avais un employeur, qui à ce moment là, avait une entreprise extrêmement florissante et qui faisait énormément pour la formation et l'épanouissement des collaborateurs de son entreprise. Ensuite, je suis descendu à Neuchâtel travailler 1 an comme responsable des traitements de surfaces et thermiques à la Favag, entreprise que j'ai quitté rigoureusement 12 mois après y être rentré parce que je n'avais pas du tout l'indépendance que j'avais précédemment à Portescap. Nous avions un système trop autoritaire, tout était verticalisé, le pouvoir était chez le patron et cela ne me plaisait pas. J'ai quitté ce travail pour aller dans une fabrique d'horlogerie de Fontainemelon avec toujours les mêmes responsabilités, traitements de surfaces et thermiques du groupe, à ce moment là, c'était un groupe indépendant qui occupait 2000 employés sur une dizaine de sites. Dans chacun de ces sites, il y avait toujours un atelier de traitement de surfaces et thermiques, dont j'assumais la responsabilité technique. Pour moi, cela a été très intéressant, parce que c'était une période de très gros investissements pour adapter cette entreprise aux exigences de la fabrication de mouvements électroniques, alors que précédemment cette entreprise ne fabriquait que des mouvements mécaniques. Pendant ces 4 années là, j'ai fait connaissance de la maison Coloral qui était un sous-traitant fournisseur de prestations de ce groupe de l'horlogerie de Fontainemelon. Et puis Coloral avait quelques difficultés de conduites qui avaient des conséquences sur la qualité des livraisons et pour régler ces différents problèmes, après avoir analyser différentes autres solutions, je me suis rendu acquéreur de l'entreprise dans laquelle je travaille actuellement.

A quelle date a été crée Coloral ?
Coloral a été créé en octobre 1949 et le 30 juin 1981, j'y prenais mes fonctions.

Que fait-on chez Coloral ?
Du traitement de surfaces par électrochimie de l'aluminium, d'où le nom de l'entreprise COLOR qui est l'abréviation de coloration et Al , abréviation de l'aluminium, ce qui donne COLORAL. On fait de l'oxydation : qui est donner une couche de protection contre la corrosion à toutes pièces en aluminium et lui donner une certaine valeur esthétique en la colorant d'une ou plusieurs couleurs. Cela est l'activité de départ. Puis, en 1985, pour essayer de sortir des difficultés qu'il y a, à conduire une entreprise de traitements de surfaces, où nous avons des portefeuilles de commandes qui portent en générale sur 3 à 5 jours, j'ai décidé d'amener une nouvelle carte à Coloral en fabriquant des pièces et nous avons choisi des pièces qui nous paraissaient moins difficiles à fabriquer parmi celles que l'on traitait déjà, notamment les lunettes de montres, les disques de lunettes de montres, et nous avons donc acheté des équipements qui nous permettent de fabriquer ces pièces, c'était facile de trouver les marchés puisse que nous connaissions déjà les clients qui nous confiaient le traitement. Ces marchés étaient faciles parce que pour nos clients cela était une grande simplification, que d'avoir un seul responsable d'un sous-produit horloger, non pas avoir 2 ou 3 entreprises qui travaillent sur le même produit. Ce secteur de fabrication de pièces horlogères s'est développé fortement, nous travaillons aussi pour le médical, un peu pour la machine-outil, en fabrication de pièces, celle-ci représente environ 45% du chiffre d'affaires total de l'entreprise. .

Combien d'employés ?
Quand j'ai racheté l'entreprise, nous étions 18. Avant de m'asseoir, j'en avais licencié 3, puis nous nous sommes développés jusqu'à l'an 2000 pour arriver à un effectif de 68 personnes et puis, suite d'une part à la rationalisation et d'autre part à la baisse des volumes d'affaires depuis l'an 2000, nous sommes descendus à un effectif de 48 personnes.

Pouvez-nous nous citer les secteurs et marques pour lesquels vous travaillez ?
L'horlogerie à 70%, la machine-outil à 10%, le médical à 10% et puis des secteurs très divers qui font le solde de ce chiffre d'affaires. Pour les marques, il est difficile de les mentionner, car nos clients ne désirent pas que : premièrement leurs concurrents sachent chez qui ils travaillent et d'autre part, ils ne veulent pas que le client final sache combien de parts de produits sont fabriqués en dehors de l'entreprise, donc nous ne communiquons pas les marques, mais la seule marque pour laquelle nous ne travaillons pas c'est Patek Philippe, malheureusement pour nous.

Quel est le département de votre entreprise le plus rentable ?
Celui avec lequel nous avons le plus grand chiffre d'affaires, c'est encore et toujours le traitement de surfaces par électrochimie, ce qui ne veut pas dire que ce soit le secteur le plus rentable, c'est le secteur le plus important.

Vous utilisez des bains qui demandent une énorme consommation d'eau. Nous avons eu de grandes canicules ces derniers mois, je suppose que votre consommation d'eau a dû augmenter ?
L'eau est une charge importante pour nous, puisse que nous dépensons Fr. 1000.-- par jour de travail pour l'achat de l'eau et ces Fr.1000.-- se divisent nettement entre la valeur de l'eau, la taxe d'épuration et la taxe cantonale. Naturellement lorsqu'il fait chaud, nous augmentons fortement notre consommation pour 2 raisons très simples : premièrement nous employons de l'eau comme agent refroidisseur et naturellement s'il fait plus chaud il y a plus à refroidir, puis deuxièmement, tous nos bains étant plus chauds, l'évaporation est augmentée aussi, donc la consommation est augmentée.

Les vignerons ont été cette année exonérés de la taxe d'épuration et de la taxe cantonale. Avez-vous eu le privilège de faire partie de cette bonne action du canton de Neuchâtel ?
Quand nous avons appris cela, nous avons fait une demande circonstanciée aux autorités que l'on dit compétente pour pouvoir bénéficier des mêmes avantages et ce point sera traité lors d'une entrevue avec le service économique de notre canton dans la deuxième moitié du mois d'août.

Que pensez-vous de la conjoncture économique actuelle ?
La conjoncture économique est comme je l'ai dit est à 75% de notre chiffre d'affaires dans l'horlogerie, c'est surtout l'évolution de ce marché qui est pour nous intéressant à suivre. L'horlogerie va mois bien, puisque par rapport à l'année passée, il y a une baisse générale de l'ordre de 6%, mais il est clair que c'est une baisse générale, il y a des baisses sectorielles beaucoup plus grandes et nous devons dire que les secteurs horlogers dans lesquels nous travaillons ont une baisse plus importante que 6%, puisse que cette année pouvons-nous imaginer que le secteur horloger, le 1er semestre a baissé d'environ 20% par rapport à l'année passée.

Quels sont vos projets futurs pour Coloral ?
Nous avons énormément de projets, le 1er c'est la nécessité de déplacer notre usine parce qu'elle est à l'évidence trop petite, mal adaptée aux besoins de productions modernes que nous avons, ces bâtiments nous empêchent d'automatiser plus, donc d'être plus concurrentiel, le coût de l'énergie en ville de Neuchâtel est tellement exagéré que nous sommes obligés d'imaginer un déplacement à l'extérieur de la commune de Neuchâtel, éventuellement à l'extérieur du canton, si notre canton auquel nous sommes très attachés ne comprenait pas la nécessité de nous mettre dans des situations plus confortables de concurrences mais pour que ce projet soit réalisé, il faut avoir des projets commerciaux différents, c'est à dire qu'il faut que nous amenions des nouveaux marchés de grands volumes qui nous permettent justement de prendre en charge les investissements assez importants que nous aurons à faire et que ce secteur horloger ne pourrait pas supporter. Nous travaillons dans 2 nouveaux domaines pour nous, notamment, la téléphonie, nous avons des espoirs assez importants d'arriver à amener un volume de travail très important dans notre entreprise. L'autre est le secteur de la cosmétique qui emploi énormément d'aluminium oxydé coloré, mais où actuellement les prix sont extrêmement bas, puisqu'il y a surcapacité de production en Europe, mais c'est un marché colossal vu qu'à titre indicatif si on traite chaque année 5 millions de boîtes de montres en aluminium chez nous, le marché des pièces en aluminium pour la cosmétique en Europe est de 1 milliard de pièces par année.
Votre fils est Directeur de votre entreprise, envisagez-vous qu'il vous succède d'ici quelques années ?
J'ai 4 enfants, un jour la propriété de cette entreprise changera de génération, par contre la direction de l'entreprise est déjà menée conjointement par mon fils et moi et d'ici quelques années j'espère bien d'en être que l'administrateur et mon fils assurera la direction de l'entreprise et on complétera l'équipe de cadres en fonction des besoins nouveaux.
   
Etes-vous toujours dans la politique et quel parti ?
J'ai fait beaucoup de politique active pendant 20 ans. J'ai été au conseil général, conseil communal, député au grand conseil mais je ne fais plus de politique depuis l'an 2000. Mon dernier mandat électif s'est terminé en 2000, depuis cette date là, je n'ai plus de mandat politique. J'ai fait toute cette période de politique dans le parti radical parce que c'est un parti qui défend une unité, une image, une idée de la société, une conception de la société très proche de la mienne, mais je n'en fait plus et je n'adhérerai pas, j'ai quitté ce parti parce que j'ai considéré avoir fait suffisamment de politique pour m'arrêter maintenant.

Votre souhait professionnel et personnel ?
Le souhait professionnel que j'aurais, serait avant de transmettre mon entreprise à mon fils, avoir réalisé la construction d'un nouveau bâtiment et d'un nouvel équipement, d'avoir consolidé nos marchés en augmentant notre activité dans les domaines de la téléphonie ou de la cosmétique. Le souhait personnel est d'être grand-père plus d'une fois !

Interview fait le 7 Août 2003 par Brigitte Chatelard Storrer


Visitez le site :
www.coloral.ch


Retour sur actions.ch